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LA MOUETTE

Anton Tchekhov

Mise en scène de Claudine Gabay

Distribution Gilberte de Poncheville, Aude Heslouin, Thierry Meloni, Claire Cottrell, Jean Claude Aumont, Gérard Maarek, Suzanne Hommel, Julie Vion et Ivan Gay-Bellile.

La Mouette survit à ses blessures, et dans le malheur de son destin personnel, elle trouve la force d’âme pour le dépasser et atteindre la vérité dans l’art. ‘Maintenant je sais, je comprends que l’essentiel, ce n’est ni la gloire ni l’éclat, l’essentiel c’est de savoir endurer… ‘

Critique publiée sur Evene

Quand on affronte un classique théâtral, on s’attend soit à s’émerveiller, soit à s’ennuyer ferme. Voilà plus d’un siècle que ‘La Mouette’ bat des ailes inlassablement sur les scènes du monde entier. Autant dire que le volatile est attendu au tournant quand il entreprend de se poser dans un quelconque théâtre. On a soit envie de l’en chasser de suite, soit au contraire de l’encourager à rester le plus longtemps possible. C’est la deuxième solution qui s’offre à nous avec cette version un peu épurée (il manque le personnage du régisseur Chamraëv) qui se joue au théâtre de l’Ile-Saint-Louis, douillet et confortable.

‘La Mouette’, ce n’est pas une, mais six histoires d’amour impossible. Et comme dans toute tragédie digne de ce nom, personne n’en sort indemne (ça finit par un suicide, pensez donc). Mais ‘La Mouette’, comme tout oiseau qui se respecte, aime aussi les choses plus légères et aériennes et certaines répliques demeurent ancrées dans l’esprit, comme ce terrible “Une fois mariée, je ne penserai plus à l’amour”. Ici, le décor est ultra-minimaliste, le texte est mis en valeur avant tout et l’histoire pourrait très bien se passer n’importe où, n’importe quand. Ce qui prime, c’est l’émotion et la justesse. Il est rare de trouver une telle communion entre les comédiens, une telle écoute, un tel plaisir d’être là et de servir Tchekhov, de s’effacer derrière ces personnages qui oscillent entre désenchantement et envie de vivre et d’aimer coûte que coûte. Thierry Meloni et Aude Heslouin, les deux jeunes premiers, jouent corps et larmes. Mention spéciale également à Claire Cottrell (sublime Macha apathique) et Jean-Claude Aumont en vieil oncle somnolent. Que cette ‘Mouette’ continue de pousser ses cris mélodramatiques, nous sommes en tout cas là pour l’écouter et l’admirer…

Julien Wagner