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LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

Marivaux

Mise en scène de Jean Le Couëdic

Distribution Judith Périllat, Josette Le Berre, Mathilde Petit, Jean Louis Besnard, Pierre Daubigny, Thierry Meloni et Ivan Gay-Bellile.

La Princesse Léonide, pour conquérir le bel Agis, séduit tout sur son passage, sous ses différents masques: homme pour les uns, femme pour les autres. Cataclysme ravageur, lors duquel les fausses valeurs s’effondrent. L’amour triomphe, mais à quel prix!

Critique publiée sur EVENE

Avouons-le tout net : dès qu’il s’agit d’aller voir une pièce de Marivaux, on traîne des sabots. On pense automatiquement aux robes à corsets, aux perruques, aux dialogues interminables et on prépare déjà son plus beau bâillement, la tête calée sur l’épaule de son voisin. Heureusement, on découvre parfois de belles surprises. On se souvient de la version déjantée et inventive de ’L’Ile des esclaves’ par Irina Brook en 2005. Il faudra désormais compter sur celle de Jean Le Couëdic pour ce ’Triomphe de l’amour’... Il fallait bien de l’audace pour réunir sur scène des costumes façon toge antique, des joggings jaune poussin du 9-3 ou des complets veston et lunettes de soleil version ’Men In Black’. Et on place tout ce beau monde dans le décor d’un jardin qui fleurit à vue d’oeil entre chaque acte. Les petites troupes méconnues sont celles qui osent le plus et préfèrent jouer pour le plaisir de jouer plutôt que d’ébahir la galerie. C’est pourquoi, on a le sentiment que cette joyeuse bande s’amuse et communique au public les mots subtils et précieux de Marivaux avec cette pièce cruelle où pour gagner le coeur de l’homme aimé, une femme n’hésite pas à briser sciemment celui des personnes qui se mettent sur son chemin. Les comédiens sont tous excellents, de l’impériale Judith Périllat dans le triple rôle difficile d’Aspasie-Phocion-Léonide au facétieux Thierry Meloni dans la peau d’un bondissant Arlequin des cités. Si l’on peut parfois reprocher un phrasé académique qui sonne anachronique face à l’inventivité de la mise en scène, on redécouvre Marivaux. Loin de l’ennui, on est accroché aux mots et à l’émotion de cette pièce aux nombreux doubles sens qui semble encore très actuelle : l’amour et les coups tordus pour le gagner sont en effet intemporels. Et si en plus ça se finit en chanson... Que demander de mieux pour célébrer en beauté ce début d’été ?


Julien Wagner